--- Les “nafilas du jour” sur la balance du Coran et de la Sunna
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Ramadan

Les “nafilas du jour” sur la balance du Coran et de la Sunna

Le Ramadan nous est parvenu, un mois béni où les musulmans sont plus enclins aux bonnes actions (prières surérogatoires, aumône, récitation du Coran...). C'est donc un mois de ferveur et de magnanimité. Malheureusement, durant ce mois béni, certains, surfant sur cette ferveur et voulant sûrement bien faire, créent littéralement des adorations. Le plus remarquable est certes le phénomène des "nafilas du jour". Ces prières qui sont recommandées de faire la nuit avec un certain nombre d’unités en récitant certaines sourates avec, à la clé, des récompenses à couper le souffle. Durant le Ramadan donc, nous assistons à une effusion de messages, partagés sur les réseaux sociaux ou dans les journaux, de ces prières aux récompenses colossales. Il serait peut-être temps que ce phénomène soit ramené à la balance des deux sources Islamiques (Coran et Sunna) afin d'en connaître sa réalité et son jugement. Nous allons donc, par la permission d'Allah, en deux points, étudier ces prières sur le prisme du Coran et de la sunna avant de clôre sur les dangers de ne pas se conformer à ces deux sources principales de l’Islam.

Dans le Coran

Allah, dans la sourate Muzzamil (sourate 73) au verset 20 répète à 2 reprises au Prophète (et aux compagnons), après avoir ordonné de se lever la nuit pour prier (pour ceux qui le pouvaient): "Récitez donc ce qui vous est possible du Coran".

Ce verset constitue une preuve que la récitation du Coran durant la prière de nuit n'est pas assujettie à un nombre de fois ni à un nombre de sourates. C'est plutôt une adoration "open" où celui qui le souhaite peut réciter tout le Coran en une nuit (comme cela est rapporté du calife Ousmane) mais aussi celui qui le souhaite peut ne réciter que la sourate ikhlass, par exemple, en la répétant à sa guise. Ceci, en nous basant sur la parole d'Allah "ce qui vous est possible". Chacun sait ce qu'il lui est possible de réciter et il n'y a pas de "standard" sur lequel se caler comme le recommandent les "nafilas du jour". Ce verset est donc une preuve claire que les sourates à réciter durant les “nafilas du jour” n’ont pas de fondement Coranique car tout simplement il n’existe aucun verset qui limite la récitation à des sourates spécifiques. La charge de la preuve incombe donc à celui qui viendrait à affirmer le contraire.

Dans la tradition prophétique

Nous nous doutons bien qu’au temps du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), les musulmans priaient les nuits de Ramadan. Mais sommes-nous déjà demandés comment s’y prenaient-ils? La réponse à cette question se trouve dans les (nombreux) hadiths rapportés dans Boukhary et Mouslim qui décrivent la prière du Prophète et de ses compagnons. Et sur les hadiths rapportés, il n’y en a aucun qui parlent de quelconques sourates avec de quelconques récompenses comme le font les “nafilas du jour”. Mieux, à la suite du décès du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Omar, alors Émir des croyants, ordonna aux deux compagnons Oubey Ibn Ka'b et Tamim Ad dari de diriger les musulmans durant les nuits de Ramadan. Et rien de particulier n’a été rapporté de ces deux nobles compagnons concernant les sourates qu’ils récitaient. Ne connaissaient-ils pas ces récompenses que nous promettent les “nafilas du jour” pour s’y astreindre? Ou bien n’étaient-ils pas férus de récompenses pour se concurrencer dans cela? Ils s’étaient plutôt contentés de ce que faisait leur maître, NOTRE maître à tous, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il n’y a donc aucune preuve dans la tradition prophétique qui consolide les “nafilas du jour”. Là également, celui qui soutiendrait le contraire, la charge de la preuve lui incombe.

Des récompenses aux sources inconnues

Ces “nafilas du jour”, au-delà des unités de prières et de la récitation Coranique, ont tous cet élément en commun qui est les récompenses promises à leurs auteurs. En effet, on peut lire, par exemple, dans un de ces nombreux messages partagés, les promesses faites à celui qui aura fait ce qui y a été prescrit. Nous pouvons citer entres autres:

  • les avantages dus à quelqu’un qui aura affranchi 1000 esclaves
  • les avantages de quelqu’un qui aura donné à manger à 1000 personnes
  • les bénédictions aussi importantes en quantités que le nombre des espèces volantes de la planète
  • les avantages dus aux plus grand saints et ceux qui sont tués au cours d’une guerre sainte

Il est évident que toutes ces récompenses sont très alléchantes et que tout musulman les voudrait. Mais qui est vraiment habilité à promettre et à donner des récompenses dans l’Islam? Il ne faut pas chercher loin pour se douter que c’est Celui Qui a ordonné à Ses serviteurs de L’adorer, Qui en a le pouvoir. Celui Qui a établit ce “commerce” entre lui et Ses serviteurs en faisant de l’adoration un moyen pour atteindre Sa satisfaction et Sa miséricorde et donc le paradis. Même le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne promettait des récompenses à des adorations que selon ce qu’Allah lui a révélé. Il ne devançait pas l’ordre de Son Seigneur et tout ce qu’il disait dans la religion était une révélation. Nous pouvons affirmer sans trembler que le prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne connaissait pas toutes ces récompenses évoquées dans les “nafilas du jour”. Il nous l’aurait transmis sinon comme pour chaque chose de la religion dont il avait la lourde tâche de transmettre. Il a même pris à témoin ses compagnons, le jour du sermon d’adieu, d’avoir entièrement transmis le message. Nous témoignons, ô prophète d’Allah, que tu nous as transmis que “quiconque veille les nuits de Ramadan avec foi et espérant la récompense, se verra pardonner ses péchés passés”. Cette récompense (le pardon de ses péchés passés) est l’une des rares que nous connaissons rapportée du prophète concernant la prière de nuit de Ramadan. Celles promises dans les “nafilas du jour” sont une pure invention. Que celui qui pense le contraire amène sa preuve basée sur les deux sources Islamiques.

“Et quel pire injuste que celui qui fabrique un mensonge contre Allah ou qui dit: “Révélation m’a été faite”, quand rien ne lui a été révélé. De même celui qui dit: “Je vais faire descendre quelque chose de semblable à ce qu’Allah a fait descendre”...”. (sourate 6, verset 93).

Dangers de ne pas se conformer à la législation

Certaines personnes, lorsqu’on leur conseille de s’astreindre à ce qu’a enseigné le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ils rétorquent “je ne fais pourtant que la prière” ou encore “je ne fais qu’évoquer Allah”... Eh non, ils ne font pas “que” cela malheureusement. Ils vont en effet au-delà des limites de ce cercle dont le diamètre est le Coran et la tradition prophétique.

Dans le Coran, Allah dit à la sourate 24 au verset 63:

“Que ceux, donc, qui s’opposent à son commandement prennent garde qu’une épreuve ne les atteigne, ou que ne les atteigne un châtiment douloureux”.

Cette mise en garde vaut pour les partisans des “nafilas du jour” qui les font systématiquement au détriment de ce qu’a enseigné le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ils s’opposent donc à son commandement, sciemment ou inconsciemment.

A la sourate 18, aux versets 103, 104 et 105, Il y dit:

“Dis: “Voulez-vous que Nous vous apprenions lesquels sont les plus grands perdants, en oeuvres? Ceux dont l’effort, dans la vie présente, s’est égaré, alors qu’ils s’imaginent faire le bien. Ceux-là qui ont nié les signes de leur Seigneur, ainsi que Sa rencontre. Leurs actions sont donc vaines.” Nous ne leur assignerons aucun poids au Jour de la Résurrection.”

Ces versets sont limpides comme de l’eau de roche et suffisants pour mettre en exergue le danger de faire des œuvres que Le Législateur n’a pas légiféré. Aller à l’encontre de la législation est synonyme d’annulation des œuvres, quelles qu’elles soient. La situation est donc très grave!

Et dans les hadiths, il y a cette parole très célèbre du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), confirmant le verset plus haut, où il affirme que “celui qui œuvre une œuvre qui ne fait pas partie de notre ordre, on la lui rendra”. Imaginons donc un instant une personne qui s’est attachée à ces “nafilas du jour” en y étant assidu, pensant bien faire, et ce, durant tout le Ramadan! Cela signifie que la personne s’est attachée à une chose qui n’a aucune preuve, ni dans le Coran ni dans la tradition prophétique ni même dans ce que faisaient les compagnons! Il faudrait être insensé pour suivre des adorations sans fondement religieux et délaisser ce qui nous a été légiféré (qui est à des années lumières plus simple d’ailleurs). Comment jugeons-nous donc?!

Conclusion

En conclusion, les “nafilas du jour”, avec ses récompenses, n’ont aucune base religieuse connue (on attend toujours dans le cas contraire). Ceci devrait pousser le musulman à s’y écarter en s’accrochant à ce que faisaient les meilleurs des hommes avec à leur tête, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Les adorations ne sont légiférées que par Allah à travers Son Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), nul n’a ce pouvoir, fut-il un homme pieux. Que le musulman soit sur ses gardes à ne pas se faire leurrer par les récompense citées dans ces “nafilas du jour” pour l’inciter à les faire. Comme le décrivait si bien un homme pieux: “tout le bien se trouve dans le suivi des anciens et tout le mal réside dans ce qu’ont innové les contemporains”.

Cher musulman, ta religion est beaucoup trop chère, n’accepte pas de la vendre à vil prix. Et ne fais une adoration que si tu as la certitude qu’elle provient d’une des deux sources Islamiques. Sans cela, sache que tu es sous la menace d’être en déphasage avec la législation et par ricochet sous la menace de voir tes adorations ne pas être acceptées le jour où seules celles-ci auront de la valeur. Ce risque est immense et il ne faudrait pas le prendre pour ce que tu as de plus cher…

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Abou Souleymane Ba

Rédacteur