--- Dépolitisons-nous! Plaidoyer pour un retour aux fondements de la sunna
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Dépolitisons-nous! Plaidoyer pour un retour aux fondements de la sunna

Au nom d’Allah Le Tout Miséricordieux Le Très Miséricordieux

Dépolitisons-nous! Plaidoyer pour un retour aux fondements de la sunna

Quand les sunnites se mêlent à la politique

Au Sénégal, la politique confisque la quasi-totalité du débat public et de l'actualité. C'est le principal sujet de discussions dans les marchés, dans les "grands places", dans la rue tout simplement. C'est dire donc qu'elle a cette force pour cristalliser les débats et attirer la lumière sur elle. C'est ainsi qu'on voit tout le monde en parler, du commerçant en passant par le restaurateur, le taximan, les femmes aux marchés, les jeunes autour d'un thé, les retraités … Bref, tous deviennent des analystes politiques ou donnent leur avis sur la situation politique. Dans une telle atmosphère, il n'est pas étonnant de voir des sunnites, aussi, s'incruster dans les débats politiques même si la recrudescence de ceux-ci et de leur sur-médiatisation n'expliquent pas à elles seules cet incrustement. Mais elles y sont pour beaucoup.

Certains pourraient s’offusquer de notre remise en question de l’ingérence des sunnites dans la politique. Après tout, ne sont-ils pas des citoyens comme tous et ayant leur mot à dire aussi?

La politique étant un mot polysémique, il faudrait d’abord que nous soyons bien d’accord de à quoi nous faisons allusion. Nous ne faisons pas allusion au sens hellénique de la politique qui est en soi très louable. Ce à quoi il est fait allusion ici, c’est la politique dans son acception comme étant la lutte pour le pouvoir au travers de partis politiques. En d’autres termes, le militantisme politique avec tout ce qu’il implique. En effet, la politique comme ensemble de pratiques dans le but d’accéder à la magistrature suprême avec tous ses courants contemporains qui en sont des vecteurs, est aux antipodes de la tradition prophétique, de l’Islam tout simplement.

Dès lors va se poser la problématique de l’engagement politique de celui qui s’affilie à la sunna, connaissant les fondements de celle-ci et de l’implication directe d’une telle affiliation.

Les quelques contradictions de l’engagement du sunni en politique

Il serait tentant de citer des textes religieux pour mettre en exergue les contradictions de cet engagement mais nous allons juste nous contenter de mettre en lumière les contradictions flagrantes qui jalonnent cette démarche à travers des interrogations simples.

  • Ô gens de la sunna du Sénégal! Avons-nous besoin de rappeler que la démocratie, avec ses différentes composantes, n’est pas islamique? Pourquoi donc vous voir “lutter” pour elle?
  • Ô gens de la sunna, avons-nous besoin de vous rappeler que juger par une autre loi que celle révélée par Allah peut mener à la mécréance? Qu’avons-nous donc à vous voir militer pour des personnes qui n’appliqueront pas les lois d’Allah une fois élues?
  • Ô gens de la sunna, est-il utile de rappeler que le sang du croyant est sacré? Comment justifier ces appels incessants à la “résistance” quitte à y perdre sa vie comme certains l’ont fait ces derniers jours?
  • Ô vous qui prétendez aimer Allah et Son Messager plus que tout au monde, avons-nous besoin de vous rappeler l'illicéité de la mixité et de la musique? Qu’est-ce qui a donc bien pu motiver une large frange d’entre nous à se rendre à des meetings et manifestations politiques où la mixité et la musique sont les éléments les plus marquants?

Est-ce que toutes ces choses sont devenues licites le temps du meeting? Est-ce que les scribes se sont arrêtés d’écrire le temps que vous profériez des injures et des menaces de morts à des personnalités avec qui vous êtes en désaccords? Comment pouvons-nous aimer une chose et son contraire? Quelle est votre matrice de lecture du convenable et du blâmable quand vous parlez de politique? Quelle est la place de la science religieuse dans des moments où tout le monde semble perdre sa lucidité?

“Dis: “Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas?” Seuls les doués d’intelligence se rappellent” (39:9).

Des questions qui en soulèvent plus qu’elles n’en résolvent. Et si certains seraient tentés d’évoquer le moindre mal pour essayer de légitimer une telle démarche, y a-t-il un mal plus grand que le shirk et l’innovation? Les injustices sociales vécues par nos populations sont-elles comparables au châtiment d’Allah pour ceux qui meurent dans la désobéissance? Combien de nos concitoyens meurent chaque jour en emportant avec eux le pire des péchés qu’Allah ne pardonne pas? Combien meurent avec des innovations? Quel est le moindre mal entre la souffrance sur terre et celle de l’au-delà?!

Les impacts négatifs de la politique sur la prédication

La sunna d’Allah se réalise tout le temps. A chaque fois que des individus ont préféré prendre des chemins hors de celui tracé par Son Messager, Il les laisse s’égarer par Sa sagesse. Et il contient dans l’Histoire, une foison d’évènements qui démontre que la politique n’est pas pour le sunni. Le front islamique du salut (FIS) en Algérie suffit d’exemple. D’aucuns pourraient arguer qu’ils ne font pas de la politique sous la bannière de la sunna et qu’ils savent faire la part des choses mais connaissant la politique et connaissant surtout ses hommes, ils devraient savoir que ces derniers, tels des adversaires, ne feront pas, quant à eux, la part des choses concernant leur engagement politique. Aujourd’hui la guerre des mots est déclarée au monde musulman notamment à ceux qui s’affilient à la voie des pieux prédecesseurs. Le glissement n’est pas que sémantique avec des sobriquets tels que “islamistes”, “fondamentalistes”, “intégristes” mais il est aussi politique et se termine souvent par des répressions. La mise aux arrêts très récemment d’un sunni, pour un discours que tout le monde tient pourtant, l’illustre à suffisance.

Être à l’abri des amalgames et des raccourcis est très difficile quand on convoite le pouvoir et qu’on a un passif de sunni. Des gens ayant agi ainsi dans le passé ont vu leur prédication stoppée, leurs savants emprisonnés, leurs partisans assassinés. Est-ce vraiment notre souhait, que cette prédication bénie, qui a permis à des milliers de Sénégalais de se défaire des carcans du suivisme aveugle et des dangers que sont le shirk et l’innovation, s’estompe? Pourquoi donc certains d’entre nous empruntent le chemin de la politique sans demi-mesure?

L’alternative au militantisme politique

Prenons-nous le temps d’invoquer pour notre pays, nos dirigeants et nos concitoyens afin qu’Allah améliore notre situation? Fournissons-nous le même effort que celui du politique pour appeler les gens au tawhid et à la sunna, gages de bonheur sur terre mais surtout dans l’au-delà?

La vie d’ici-bas n’a-t-elle pas commencé à prendre une grande part dans notre cœur au point qu’on en fasse notre plus gros souci et qu’on perde le sens des priorités sur nos engagements?

Ô gens de la sunna, nous avons une énorme responsabilité car ayant mieux connaissance de la vérité que les gens comme le disait Sheikh Al Islam Ibn Taymiya. La sunna sera de plus en plus étrange dans un monde où la modernité et ses nouveaux courants ont fini de s’installer. Il sera certes difficile de vous dissuader de ne pas vous intéresser à la chose politique mais au moins, ne soyons pas les portes étendards de quelque parti que ce soit.

Que ceux qui considèrent la permission religieuse de voter, votent sans inciter ceux en désaccords avec eux de les y rejoindre ou pire, sans les taxer d'inciviques ou d’indifférents à la situation du pays.

Mais surtout, que tous, nous soyons pleinement conscients que l’appel au tawhid et à la sunna que des gens s’efforcent de faire dans les écoles, les lycées, les rues, les bus, les mosquées… est de loin le meilleur service que les gens de la sunna peuvent rendre à leur société. Ne sous-estimons donc pas cet effort commun et enjoignons-nous y tous mutuellement. Patientons jusqu’à ce que le décret d’Allah arrive car certes Il ne manque jamais à Sa promesse, Lui Le Sage, L’Omnipotent…

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Abou Souleymane Ba

Rédacteur