--- L'urgence d'un retour à une véridicité radicale
Des personnes discutant avec animation dans une penombre
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Réforme Sociale/
Islam et Société

L'urgence d'un retour à une véridicité radicale

Certains Sénégalais se racontent des histoires. D’aucuns y croient, d’autres pas. Chacun se nourrit de sa propre satisfaction. Le mal sénégalais est profond. La situation politique est désastreuse. Mais, le mal n'est pas seulement politique. Il est aussi moral qu’intellectuel.

Changer les hommes ne suffira pas. Ce sont nos vies intérieures qui doivent être réformées radicalement. Il faut retrouver la cohérence entre le dire et le faire. Ceux qui se réclament de la société civile ne portent jamais aucun regard critique sur eux-mêmes dans leurs propres pensées et actions. Ils ordonnent de moraliser la vie publique sans l'être eux-mêmes!

Ils occultent le questionnement sur leur propre légitimité sur tous les champs de leur intervention. C’est à se demander s’ils ne sont pas avant tout une entreprise alimentaire?

Ceux qui se réclament panafricanistes n’ont rien à opposer à leurs contempteurs au plan économique, scientifique ou technologique. Dans une telle situation défavorable, aller au combat est un acte suicidaire. La rhétorique “anti-tout” est un chemin facile qui se complait dans la dénonciation sans aucune once de solution réelle. Remplacer Barkhane par Wagner est une solution de pis-aller. Dans les médias, l'intimidation a remplacé le débat. Les lignes éditoriales se nourrissent de ressentiments. La vie politique est végétative. Elle est souvent faite d’illusions, de mensonges et d’arguties politiciennes; d’où 53% de l'électorat qui ne vote pas. Ce qui est inquiétant et préoccupant dont personne ne s'émeut.

La vie democratique ne rime pas à une allégeance inconditionnelle au gouvernement. Quand un pays est gouverné par des rentiers qui cherchent à se faire du fric, c’est la misère qui finit par se lire sur les visages. Tout gouvernement qui cherche à rendre heureux sa population selon l'idée qu’il s’en fait lui-même court le risque de l’autoritarisme. Le vrai sens de la gouvernance est la justice c'est-à-dire de la rendre sans tenir compte du statut des personnes qui transgressent la loi.

Le sectarisme commence quand on lit la vérité avec ses propres lunettes. C’est la première source de conflictualité par la méconnaissance des autres compréhensions. Parler au nom de la vertu ne permet pas de tout maquiller. La prétention d’incarner la représentation du peuple en parlant en son nom est une fausse croyance qui a permis de justifier toutes les dérives dans l'histoire de toutes les sociétés humaines.

Aujourd'hui, tous les partis politiques avec le chacun pour soi en bandoulière sont absorbés et aveuglés par l'échéance de 2024. Or, rien n’est écrit.

La vie de la 14ème législature est marquée par une agitation politique et un jeu de dupes entre le gouvernement et une certaine opposition. Le parlement est devenu une tribune politique pour l’opposition. Son rôle législatif et de contrôle est passé par pertes et profits. Le vote du budget 2023 et l'échec de la motion de censure démontrent que le jeu collectif manque et que les batailles d’ego sont vivantes. Il est difficile de faire la différence entre les différentes composantes de la coalition de l’opposition sur ce qui les rassemble et les différencie sur le plan programmatique. L’opposition envoie de mauvais signaux. Tout est prétexte à une récupération politique et à une remise en cause de l'autorité de la justice. Qui sait ce qu’elle veut pour le pays, quand sa vision du peuple est essentialiste avec une conscience qui se nourrit de ressentiment, de polémiques et de rancœurs?

Certains préfèrent boire la parole politique de l’opposition jusqu'à la ciguë, laquelle est prise pour vertu absolue. Certains sont érigés en rang “d’infaillible”. Or parler au nom du peuple ne donne pas une légitimité automatique sans actes. La question pertinente est la capacité des forces politiques de l’opposition de proposer un autre modèle. Force est de constater que c’est l'état de coquille vide qui règne.

Une partie de l’opposition est égocratique et mythomane. Sa volonté d'hégémonie est partisane et sa révolution est conservatrice! Le respect mutuel entre les partis politiques n’existe plus. Chacun d’eux cherche uniquement les erreurs de l’adversaire. L’objectif n’est plus la quête de la vérité mais la défaite de son adversaire par tous les moyens.

L’homme parfait dans l’opposition comme au pouvoir n’existe pas. Leur évaluation devrait porter sur la différence sur leur niveau d’attachement à l'intérêt général et au respect des institutions de l’Etat. Malheureusement l’engagement politique ne porte plus sur ce qu’on estime juste mais dans l'enfermement dans un tour d’ivoire idéologique et le nombrilisme.

L’exercice du pouvoir comme sa quête peut rendre aveugle. L’unité du pays ne se construira pas sur une base partisane ou l'hostilité animale envers ses adversaires. Nos hommes politiques demandent beaucoup pour eux et leur parti, et moins pour tout le reste. Aucune légitimité politique ne doit l’emporter sur le droit. Gagner la bataille de la rue n’est pas la bonne mesure si celle sur les idées n’est pas acquise. La véhémence et la violence sont des défauts qui éloignent du consensus et conduisent à l'inimité.

Dans l’histoire, la quasi-totalité des révolutions déclenchées a produit des résultats contraires aux intentions qui les avaient initiées. Même, l’histoire politique de l’islam n’y échappe pas d’hier à aujourdhui. La révolution Abbasside constituait un espoir contre les dérives des omeyyades. Pourtant, elle a trahi tous ses engagements. Le printemps arabe a accouché de dictatures.

La foi ne fait rien du musulman si ce dernier est redouté pour sa langue, sa main et dont le comportement n’est pas le meilleur. Cela doit être sa carte d'identité première. Le musulman ne peut se plier à un fait injuste, que celui-ci soit majoritaire ou minoritaire. Dans notre pays, hélas, l’Islam est sociologiquement majoritaire mais éthiquement minoritaire. Il ne fait pas partie entre autre, des enseignements magistraux de l’islam:

  • l’insolence dans les échanges avec autrui;
  • l’écoute et l’espionnage des conservations privées d’autrui;
  • l’opposition à l’application du droit;
  • l’adhésion à de faux arguments en toute conscience;
  • la tromperie les uns envers les autres,etc.

Il est devenu presque suspect de ne pas appartenir à aucun chapel et d’être dans la nuance. Le souci de l’honnêteté intellectuelle devient si rare. Il n’est plus vu comme normal d'être d’accord ou pas avec l’opposition ou le gouvernement même quand ils sont à rebours de ce à quoi l’Islam croit.

Et seul Allah est le plus Savant.

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Maya Ly

Rédacteur