Les événements tragiques des 1er et 2 juin au Sénégal ont secoué plus d'un quant aux violences et saccages qui se sont produits. Mais au-delà de toutes ces pertes matérielles, ce sont assurément les pertes en vie humaine qui sont les plus choquantes et poignantes. Après avoir condamné de telles violences entraînant mort d'homme que rien ne saurait justifier, il serait bon de se pencher sur les explications données quant aux responsables de ce carnage. Particulièrement une, qui a été servie au niveau du parlement européen par Son excellence Madame Aissata Tall Sall, Ministre des affaires étrangères et des sénégalais de l'extérieur. En effet Madame la Ministre a évoqué "des forces tapies au sein de mouvements salafistes (...)" (sic) entres autres groupes ayant voulu mettre à genoux le Sénégal et le rendre ingouvernable.
Notre bonne opinion de la Ministre nous fait croire qu'elle est victime, comme beaucoup d'ailleurs, de cette guerre des mots contre l'islam initiée par l'occident comme l'avait théorisé Samuel Huntington dans son célèbre livre "le choc des civilisations ". Cette guerre des mots conduit à faire des raccourcis sur des terminologies et à créer des mots fourre-tout aux sens vides. En plus, Madame la ministre Aissata étant l'homonyme de la mère des croyants Aisha (qu'Allah l'agrée), il est primordial de l'édifier ainsi que tout musulman de cette doxa sur le mot "salafisme" afin de ne pas tomber dans l'amalgame.
La salafiya, vu que c'est d'elle dont il s'agit (pour fuir ce néologisme qu'est "salafisme"), est un courant religieux qui prône un retour aux origines. En d'autres termes, elle appelle à se conformer aux injonctions coraniques et à la tradition prophétique selon la compréhension qu'en avaient les compagnons et les musulmans des deux siècles qui les ont suivis. C'est donc un appel à une purification de tout ce qui ne fait pas partie de l'Islam et qui y a été introduit au fil des siècles de son histoire.
En définitive, la salafiya, c'est tout simplement l'Islam, sans ajout ni diminution, loin de tous les courants au sein de l'Islam dont leur racine se trouve ailleurs. Une fois ceci dit, il faut que madame la Ministre sache que ceux qui s'affilient à cette voie, les salafis, sont les gens les plus scrupuleux des règles établies et de l'ordre public. En effet, leur croyance étant régie par le Coran et la tradition prophétique, ils tirent leurs lignes de conduite principalement de ces deux sources. Or dans le Coran, Allah s'adresse aux croyants par ces termes dans la sourate 4, au verset 59:
Ô les croyants ! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent le commandement .
Les savants de l'exégèse ont expliqué ce verset comme étant une injonction à obéir (le mot n'est pas fortuit) aux dirigeants qui détiennent le pouvoir tant que ceux-ci ne désobéissent pas à Allah. Voilà donc un verset qui, à lui seul, montre que les salafis ne sont pas ceux qui sèment le chaos ni l'anarchie car sachant que respecter les règles établies dans une société est gage de paix et de stabilité mais surtout, ils croient fermement qu'en appliquant cette injonction comme il leur a été demandé, ils en seront récompensés dans l'au-delà. C'est dire donc que ceci constitue une partie importante de la religion par laquelle ils adorent leur Seigneur.
Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Lorsque nous jetons un coup d'œil dans la tradition prophétique, nous pouvons citer cet évènement : D'après 'Abdallah Ibn 'Amr (qu'Allah les agrée lui et son père) : J'ai vu le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) faire le tawaf autour de la Ka'ba et disait:
« Comme tu es pure, comme ton parfum est bon, comme tu es grande et comme ton caractère sacré est grand ! Je jure par Celui qui détient l'âme de Muhammad dans Sa main ! Le caractère sacré du croyant, de son argent, de son sang et du fait de ne penser de lui que du bien sont auprès d'Allah plus grand que ton caractère sacré ».
Ici, le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui), en jurant, compare la sacralité de la Ka'ba à celle du croyant. Et il met la sacralité de ce dernier au-dessus de celle de la Ka'ba! Le salafi aussi, par cette parole prophétique et bien d'autres (il y en a pléthore), connaît la sacralité du sang du musulman et ne pourrait en aucun cas jouer avec celle-ci en appelant à s'insurger contre l'autorité ou, pire, en versant de lui-même le sang sans raison religieusement valable. Il est donc malvenu de traiter ces "forces destructrices" (sic) de mouvements salafistes. Des sénégalais s'identifiant à la salafiya, Madame la Ministre, il en existe des centaines de milliers. Ce sont de dignes fils et filles du Sénégal qui contribuent, comme tout citoyen soucieux du développement de sa patrie, à la bonne marche et à la stabilité du pays. S'ils étaient mûs par la destruction et la violence, on aurait entendu parler d'eux depuis fort longtemps car étant suffisamment nombreux pour une telle entreprise. Au contraire, ils font partie de ceux qui appellent au calme quand la violence s'installe. Ceux qui préviennent tout le temps contre la dangerosité de cette dernière afin qu'elle ne s'installe pas. Ce sont ceux qui conseillent quand le pays est en phase de basculer. Mais aussi ils sont ceux qui éduquent leurs jeunes à ne pas se rebeller contre l'autorité, fut-elle injuste à leur encontre. Ces gens là, Madame la Ministre, ne méritent pas qu'on jette l'opprobre sur ce qu'ils sont en utilisant des terminologies occidentales qui n'ont que pour unique dessein de diaboliser cette voie pure, qui est celle de la vérité et celle sur laquelle les musulmans doivent impérativement cheminer pour que l'Islam connaisse à nouveau son âge d'or et sa gloire.

